29 février 2008
La tag!
À ma grande surprise, je ne savais pas que des chaînes de lettres existaient pour les blogs. Zut, je ne m'en sauverai pas! Cindy m'a envoyé la tag, une sorte de chaîne de lettres. Le jeu, c'est de taguer 6 personnes, 6 blogueurs plutôt, et de mettre leur lien sur notre blog. C'est une bien bonne idée pour aller chercher de nouveaux lecteurs! Comme j'ai su assez tard l'existence de ce jeu-là, y'a déjà beaucoup de blogueurs qui sont tagués... À défaut d'en avoir 6, j'ai 2 blogs à vous faire découvrir. Deux personnes qui, à mon avis, se démarquent par leur écriture et leur originalité. Il s'agit de Matthieu Simard (avec deux T, oui oui), et de Mélanie, une future écrivaine en littérature jeunesse.
Le procédé est facile, pas moins que de changer le rouleau de papier de toilette vide :
1- Écrire le lien de la personne qui nous a tagué.
2- Préciser le règlement sur son blog.
3- Mentionner 6 choses sans importance sur soi.
4- Taguer 6 autres personnes en mettant leur lien.
5- Prévenir ces personnes sur leur blog respectif.
Voici les 6 choses à ne pas nécessairement savoir sur moi, mais nécessaires pour ce jeu :
1- J'aime les langues de porc. Hum, avec des toasts Melba graissées de margarine Becel, rien de plus délectable comme collation.
2- J'aime laver la salle de bains, mais je n'aime pas passer l'aspirateur.
3- Je fais agencer mes petites culottes avec mes vêtements du jour. (Je donne peut-être trop de détails, là.)
4- Je m'ennuie d'écouter Sunset Beach. Mais je me fous de Top Model et des Feux de l'amour.
5- Je suis une habituée de la course à l'autobus. Malheureusement, je n'y prends pas goût. Même après avoir avancé l'heure du four et du micro-ondes, je cours toujours autant, et je n'y prends toujours pas goût.
6- J'ai toujours du vernis sur les ongles d'orteils.
Voilà.
Le règlement sur ce blog? Bahhh... y'en n'a pas là! Vive la liberté!
Bon, maintenant, tout ce que j'ai à espérer, c'est d'avoir encore des amis après qu'ils aient lu ça!
28 février 2008
Hey! 'tit pette!
J'te dis j't'aime, mon petit-grand frère.
J'te love, comme dirait le monde de Sherby. Ou encore j'te coeur.
J'ai hâte de te voir la binette, pour me rendre compte à quel point t'as encore grandi.
Cernée jusqu'en Chine
Quand on est cerné jusqu'en Chine, c'est qu'on est fatigué.
Alors je vais aller me coucher, question de revenir au Québec.
Quelques jours après être revenue au Québec, je serai en mi-session, et irai à Chicoutimi town. QUELLE JOIE! Elle a hâte, la fille, d'aller voir sa famille pis ses amis. Elle a aussi hâte d'aller à la pêche blanche, à La Baie, avec son Daddy d'amour. (Et de consoler sa mom qui s'ennuie un peu beaucoup à la folie.)
Enfin, je retrouverai la nature et son bon air qui énergise... J'en aurai besoin pour la deuxième partie de la session!
25 février 2008
Nouvelle ambition : créatrice de parfums
Au cégep, j'ai lu le roman Le Parfum (1985) de Patrick Süskind. Je me souviens d'avoir aimé ma lecture. Je me souviens aussi d'avoir lu rapidement... Et c'est peut-être la raison pour laquelle je ne me souvenais plus de grand-chose quand j'ai écouté son adaptation cinématographique, hier soir, soit plusieurs plusieurs plusieurs mois après avoir fermé le bouquin. Tant mieux, c'était comme une nouvelle histoire pour mes kenoeils et mes panneaux.
Mon grand ami Matthy, ancien commis chez Super Club Vidéotron à Victoriaville, la plus belle ville du monde (hum, hum, selon lui)... Ok, je m'égare. Prise 2.
Mathieu est venu à l'appart, hier soir, avec ce film que ma coloc et moi nous mourrions d'enfin (!) visionner. Réalisé par Tom Tykwer, Perfume, The Story of a murderer (2006) ne m'a pas du tout déçue*. Maniaque des odeurs, j'ai apprécié toutes les séquences qui puaient. Les images sentaient vraiment le mautadit. Outre ces odeurs qu'on ne sent véritablement pas à moins d'être un peu ou totalement fou, mais qu'on peut sans aucune difficulté imaginer, le casting est à féliciter. Ben Whishaw (Jean-Baptiste Grenouille) incarne un personnage qui m'a rendue perplexe à maintes reprises. Ce long métrage respecte de manière générale les propos du roman, bien qu'il y ait quelques différences avec celui-ci**. Je compte bien refaire un saut dans les pages de Süskind. Mon nez s'ennuie déjà. Mais pas tout de suite, trop de devoirs...
* Loin de m'avoir déçue, il m'a plutôt donné la grosse envie sale d'aller m'acheter mille et une huile qui sent bon, un gros baril d'alcool, des p'tites bouteilles par dizaine et de me faire un laboratoire de parfumerie dans ma garde-robe.
** Je suis en mesure d'affirmer cela puisque, tout le long de notre soirée cinéma, Alex n'a pas cessé de passer des commentaires du genre « Oh! il ne l'a pas ça, dans le livre! » ou encore « Hein!!! c'est comme je me l'avais imaginé! ». Voyez le genre?
23 février 2008
Quand le jeu... n'est plus vraiment un jeu
Je ne croyais pas que quelqu'un puisse devenir dans un tel état face aux jeux vidéo. En fait, je savais que la folie pouvait envahir certaines gens, mais à ce point?
À en débâtir son clavier? À en pleurer pour avoir décalissé son bouton "Escape"?
Rendez-vous sur Youtube pour assister au spectacle-maison le plus troublant de votre journée. Tout de même avec un sourire, ou même avec un grand rire gras.
Laurène l'éponge culturelle - 8e et dernière partie
La lumière plombe. Le sable se fait sentir, l’odeur poussiéreuse vole. Ça sent le Sénégal en chair et en os. Laurène prend son petit-déjeuner dans la salle à manger du sous-sol, des mètres plus bas du toit d’où elle pouvait entendre plus tôt les fausses chèvres. Laurène, avant son départ, était consciente qu’elle aurait à manger du poulet et du riz en quantité industrielle. Mais pour le petit-déjeuner, comme disent les Sénégalais, elle ne s’était rien imaginé. C’est alors qu’elle grignote des morceaux de pain, le pain le plus frais et le meilleur qu’elle n’ait jamais goûté. Une baguette confortable dans la bouche, toute autre que celle du Québec. Un pain purement sénégalais dont elle ne se lassera pas, même s’il s’agit de son seul choix gastronomique matinal pour tout son séjour. Une chance qu’elle aime le pain et qu’elle n’est pas allergique comme Maurice. Pauvre lui, il manque tout un pain.
Après quelques tranches au goût de beurre sans sel, Lolo embarque dans l’autobus de Samba, le chauffeur qui sourit, qui fait vingt-cinq ans mais qui en a cinquante-trois. Alassane est génial, Samba aussi. Les Sénégalais sont heureux et accueillants. Tout pour mettre à l’aise leurs visiteurs et partager leur amour pour le pays. Ils font tout pour que Lolo continue de montrer ses dents blanches. Comme au Maroc, Lolo est assise dans un autobus qui la conduira sur les routes de Dakar. Les unes après les autres, sans presse, même lenteur que les Dakarois.
La prise de vue est chargée, colorée, foncée. Un troupeau de gens, tous aussi noirs les uns des autres. Dans la rue, ils marchent. Tentent de vendre des télécommandes ou des paquets de Kleenex aux conducteurs de Renault, Peugeot, Mercedes, ou aux Blancs en bus. Laurène, friande des comparaisons de toutes sortes, met en parallèle Dakar et New York. Taxis jaunes et gens par centaines, tous au même endroit, les deux villes se ressemblent. Mais l’une vit dans le besoin et l’autre dans l’abondance. Extraordinaire différence que Lolo ne comprend pas. Images inconcevables, qu’il faut voir de ses propres yeux. Lolo regarde, perplexe, peureuse, de l’autre côté de la glace, le marché si mouvementé. Peur de l’extérieur, inquiétude qu’elle aime, qui la tient en haleine, qui la fascine.
Klaxon, freinage brusque, tension musculaire au rythme du ralentissement soudain. Lolo croit bien mourir là, dans la capitale à l’heure de pointe. Conduite atroce, voitures cabossées, absence de signalisation lumineuse et non-respect des panneaux de signalisation. Voilà les rues de Dakar. Bip. Bip. Bip. Bip. Bip. Bip. Bip. Bip. Bip. L’autobus recule. Lolo déduit bien des choses, mais pas maintenant. Elle se lève, avance dans le car qui recule.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande Laurène, un point d’interrogation tatoué dans le front, le sourire quelque peu dissipé.
— Samba recule pour laisser passer cette voiture-là, sinon toutes les autres sont bloquées et personne ne peut bouger, lui répond Louise en se mettant du rouge à lèvres. On se croirait dans un jeu de Rush Hour. Un énorme jeu de Rush Hour, grandeur nature, trouves-tu ?
Lolo, de retour à sa place, est autant préoccupée par Louise en difficulté avec son rouge à lèvres fondu que par les problèmes de circulation. Problème de circulation insoluble, sans doute. Laurène continue plutôt de regarder les marchands, ces pauvres, ces quêteux, ces arrache-cœur, ces troubleurs de Laurène sensible. Carapace en formation. Elle observe celui qui l’observe, la vitre entre les deux. Elle, assise dans la fraîcheur de l’air climatisé, lui, debout, se blesse l’épaule à ce point ensanglantée en se grattant à répétition. Visiblement écœurant, mais il veut de l’argent. Juste quelques francs africains, juste quelques-uns. Allez, jeune fille, s’il vous plaît.
Laurène descend la seule marche, celle de l’autobus beige de Samba. Ses pieds sont dans le sable, sable qu’elle n’aime pas d’habitude lorsque ses pieds s’y tiennent. Les petits grains lui font grincher des dents, comme lorsqu’elle beurre ses rôties, rôties qu’elle ne mange pas ici puisqu’elle n’avale que du pain baguette. Mais là, le sable, elle l’aime, même si ses pieds sont dessus : elle a des chaussures.
Laurène descend la seule marche, mais pas nécessairement pour plaire au vieillard mal en point. C’est l’arrivée à destination. Après un petit tour en tap-tap de luxe, Lolo est déposée chez Oumou, son amie sénégalaise qu’elle n’a encore jamais vue. Elle possède une photo d’elle, deux lettres auparavant écrites à son nom, sans plus. En réalité, Oumou égale amie en devenir.
¾ À ce soir ! Diera diouf ! lance Lolo au bus, aux gens à l’intérieur principalement, et encore plus spécialement à Samba qu’elle remercie.
Samba conduit chacun de ses passagers chez son correspondant respectif. En cet après-midi de beaux rayons, Laurène est seule, avec son nez enregistreur de péripéties. Et sa correspondante Oumou, bien oui. Et son amie Bineta. Lolo n’est plus touriste, Lolo est une Sénégalaise blanche, la seule, une toubab, comme elle se fait crier sur la rue.
¾ Toubab ! Toubab, toubab ! Toubab ! crient les jeunes en groupe, l’index pointé sur la dite toubab.
Lolo en rigole, bien qu’elle ne sache pas ce qu’ils radotent, ces enfants. Naïveté, oh que ouais, lèvres étirées, légère monstration des dents. Dans la peau d’une vraie de vraie… Tout de même complexée par son épiderme de riche, elle suit Oumou au pas, marchant à travers les chemins. Un pas qu’elle n’a sans doute aucune difficulté à suivre, ils marchent si lentement, ces Africains. Laurène avance un pied après l’autre, sans les regarder, sans parler. Elle voit son nouveau monde, son chez-soi pour deux semaines et quatre jours. Deux semaines et quatre jours moins deux jours, si on compte hier et aujourd’hui.
Les enfants jouent dans la rue, gamins dans chemins étroits et intimes. La poussière du sol n’est plus au sol, après un coup de pied sur le ballon frappé par le plus vieux. Celui aux rastas qui regarde la Blanche dans le blanc des yeux. Bâtiments brun foncé, comme leur peau chocolat. Hum, du chocolat, pense-t-elle. Oumou regarde Lolo. Elle la protège des yeux, il ne faut pas qu’elle se fasse harceler, elle le sait. Mais Lolo ne sait pas, elle ignore, tout le monde est gentil avec elle.
Les adolescentes se rendent toutes trois au coin, là-bas. Petit dépanneur il y a. Sans mur ni porte, le dépanneur n’a qu’un fond, un genre de tableau, toute la marchandise s’y trouvant, empilée, poussiéreuse à l’occasion, surtout en trop grande quantité pour la surface disponible. Seul le commis réussit à trouver. Un vrai pro, comme Lolo est une vraie Sénégalaise. En parallèle, des barreaux de prison séparent le commis des clients. Un vendeur prisonnier. Oumou lui achète des rallonges pour cheveux, brun foncé. Tout à l’heure, elle fera des tresses à Bineta, son amie aux cheveux brun foncé, devenue aussi l’amie de Lolo. Oumou lui montrera comment faire des tresses avec ces cheveux touffus qui poussent sur la tête des Noirs. Et tiens, pourquoi pas, elle demande autre chose au commis. Oumou échange trois cent francs africains pour une barre de chocolat emballée dans un bleu aqua. Une savoureuse barre avec de la noix de coco à l’intérieur. Hum, du chocolat. Un délice au goût de l’été. Oumou, généreuse comme Samba, comme Alassane, comme tous les autres Dakarois, offre à Laurène la moitié de sa collation. Tranquillement, les filles continuent leur promenade.
Le paradis en terre sénégalaise.
Laurène l'éponge culturelle - Partie 7
Dakar. Ambiance parfaite. L’Afrique au coucher du soleil. Face à face avec le continent, dans toute sa splendeur, sa grandeur. Après la jubilation olfactive, la jubilation par les yeux bruns. Et les oreilles. Et encore par le nez, pourquoi pas.
Lolo, sur le toit de l’auberge, attend, relaxe, patiente. Avec Marc-André et Mélanie, Laurène sourit. Ses amis sourient moins, mais tout de même un peu comme elle. Peut-être sourient-ils d’elle, de son sourire à elle. Sourire d’un sourire, comme rire d’un rire contagieux. Vent frais d’un Sénégal pas si chaud. Rue de sable, plusieurs édifices. Blancs, propres, purs comme l’air recherché, et trouvé. La végétation est d’un charme fou, pense Laurène, les yeux en jouissance. Lolo entend des chèvres. Ça crie fort, des chèvres, pense-t-elle. Elles sont loin. Le son particulier provient de là-bas, au fond, quelque part. Partout, c’est écho.
¾ Elles vont arrêter, les chèvres, vous pensez ? Ou bien ça crie toute la nuit ?
Ce n’est plus le sourire d’un sourire, c’est le rire franc à la suite d’une simple phrase. Lolo, le petit boute-en-train. La naturelle naïve qui fait rigoler, l’humoriste dans l’âme. Tourner sa langue sept fois. À la limite, une fois ou deux, elle ne connaît pas. Ça ne fait pas partie de ses valeurs. Vive la spontanéité qui crée des rires en cascade.
Ce ne sont pas les chèvres. Des prières musulmanes, plutôt. C’est presque honteux pour Laurène. Par chance aucun Sénégalais sur le toit, avec eux, les trois amis, à regarder la ville de haut, à écouter l’authenticité des pensées de Lolo. Ish. Elle aurait certes égaré son sourire, ses joues auraient figé. Et rougies. On dit à Lolo que du sommet des mosquées, on projette la prière aux pratiquants. Il faut croire que Lolo se réfère à ce qu’elle sait, et ce qu’elle connaît davantage, entre les pratiques religieuses et les chèvres, ce sont les chèvres.
La lune est presque pleine, blanche comme neige. Le ciel est marine, étoilé. Enfin, il est comme celui du Québec, un soir quelconque. Le ciel reste le ciel, le même partout, les nuages de l’ouest visitent ceux de l’est. Le ciel appartient à tout le monde. C’est le lien qui unit le monde. Après méditation, Lolo descend l’escalier, prête à aller à sa chambre, au lit, premier dodo en terre lointaine. Sourire encore fixé. Mais un peu moins, à quelques millimètres près, à cause de la fatigue. Sur son confortable lit sénégalais fait d’un vrai matelas, comme chez elle, elle se doit d’empoigner son journal voyageur. Gribouillis de ses émotions, de ses actions, question de se rappeler et vivre au Sénégal pour le reste de sa vie.
23 février 2004, 23h50
À présent, je vis mon rêve. C’est trop malade, j’ai hâte à demain, à après-demain, pour voir tout ce qui m’attend encore. Il faudrait me pincer pour que je réalise ce que je vis… Bonne et courte nuit.
Laurène l'éponge culturelle - Partie 6
Un bruit de moteur, pas féroce. Puissant, mais doux, berçant. Presque connu, à vrai dire : Lolo semble dans un autobus. Ça bouge. Horizontalement, mais elle ne le sent pas. Verticalement, quelque peu. Elle s’imagine dans la gravelle, à rouler dans de petites roches grises qu’ont beaucoup ses voisins dans leur cour. Ou dans l’interminable chemin qui la menait jadis au chalet familial. Ce chalet vert, en plein milieu de la forêt. Lolo nourrissait les écureuils devenus obèses de par sa générosité. Elle achetait des suçons à l’érable que vendait la vieille dame non loin de cette maison de fin de semaine. Ce dont elle se rappelle davantage, cette relaxation. Couchée sur le dos, sur le quai ou dans l’herbe. Ou dans la neige. Le regard rempli de songe, vers le ciel, habitat des nuages. Les mouvements du lac à sangsues la menaient en bateau soit sur l’océan soit sur le fleuve, à la recherche de l’air le plus pur. Celui qui sent le meilleur. L’arbre vert foncé de l’été ou tout blanc de l’hiver ou, préférablement, la nature multicolore de l’automne qui s’annonce, transplantait l’enfant dans la diversité des paysages du monde. Et les nuages, fameux nuages mousseux, inlassablement en mouvement, comme Laurène. Laurène voulait être portée par eux, confortable sur leur dos, yeux fermés et menton en l’air, à traverser les frontières et visiter tout ce que voyaient ces nuages.
« Good morning all the crew, we resquest you to seat down, to put your belt of safety and to tighten any hand luggage below the seat in front of you or in the filing space above you. The landing is started. The hour of arrival is planned for 5h46. We thank you for having used the services of Royal Air Maroc.
« صباح جيّدة [ألّ ث] طاقم بحّارة ، نحن [رسقوست] أنت أن يجلس إلى أسفل ، أن يضع حزام سيرك الأمان ، وأن يتوتّر أيّ [هند لوغّج] تحت المقعد أمام أنت أو في التصنيف فراغ فوق أنت. بدأت العمليّة هبوط. خطّطت الساعة الوصول ل [5ه46]. نحن نشكر أنت ل يتلقّى يستعمل الخدمات الهواء [مروك].
« Bon matin à tout l’équipage, nous vous prions de vous rasseoir à votre siège, de bien vouloir mettre votre ceinture de sécurité et de serrer tout bagage à main en-dessous du siège devant vous ou dans l’espace de rangement au-dessus de vous. L’atterrissage est amorcé. L’heure d’arrivée est prévue pour 5h46. Nous vous remercions d’avoir utilisé les services de Royal Air Maroc. »
Lolo ouvre son deuxième œil. Palpitations. Dans le ventre, un peu dans la gorge, et dans l’estomac, peut-être parce qu’elle a une fringale. Hâte, sourire crispé qui ne défige plus, qui ne veut pas se détendre pour une fois. Projection dans l’extraordinaire extérieur. Les nuages ne l’auront pas portée, seulement l’avion. Dire qu’elle aurait pu être à cheval sur celui juste à côté de son hublot, tout blanc, très attirant. Dans le passé, bien entendu. Laurène est un peu plus réaliste. Disons. Elle sourit quand même aux nuages. Aux passagers de l’avion aussi. À la dame tressée qui paraît détendue, à sa droite, dans cet oiseau mécanique au même son qu’un autobus Intercar.
Ça y est. Atterrissage forcé. Pas forcé forcé, mais forcé pour Lolo : elle n’en peut vraiment plus d’attendre. Ses palpitations se font nombreuses, et elles l’énervent. Il faut se calmer. Ce qu’elle désire, cette désormais grande voyageuse outremer, c’est voir de ses yeux, toucher de ses mains, de ses doigts sensibles. C’est tout encaisser avec son pif adoré.
Ça pue. L’aéroport pue. Les gens de l’aéroport puent, tout pue. Pas agréable, pense Laurène. Un gentilhomme attend, seul, très grand, très très grand, dans sa noirceur et avec sa moustache, à quelques dizaine de pas du groupe de touristes. Carton blanc à la main. Alassane Fall, Québec, Canada. Laurène ne le voit pas immédiatement. Elle ne savait même pas que quelqu’un qui deviendrait plus tard son accompagnateur sénégalais l’attendrait à son arrivée à l’aéroport. Lolo pensait tout bonnement prendre le taxi pour se rendre à l’hôtel. Drôle de Laurène, qui ne sait pas comment voyager. Avant de connaître l’existence d’Alassane et de l’analyser, sa préférence avait été de respirer la brise des musulmans. Pif de Chien devra s’habituer. Ce processus d’adaptation se fera dans la jubilation de connaître une nouvelle odeur remémorative, odeur autre que celle des cacahuètes données aux énormes écureuils. Qui sont sûrement morts à l’heure actuelle.
Laurène l'éponge culturelle - Partie 5
Monsieur Bingo est le guide marocain aux babouches jaunes. Son vrai nom est resté inconnu. Disons plutôt qu’il est incompréhensible. Petite comique, Laurène lui a attribué le surnom de Bingo parce qu’il ne cesse de se répéter dans son micro, à l’avant du bus. Elle est vraiment drôle, elle aussi.
¾ Vous pourrez quitter l’autobus dans cinq minutes, affirme monsieur Bingo en toussant dans le micro d’une façon pour lui habituelle. Cinq minutes ! Nous arrivons tout près de la Cathédrale. La Cathédrale ! La Cathédrale de Notre-Dame de Lourdes. Notre-Dame de Lourdes ! Oui...
Laurène voit quelquefois des bidonvilles. Monsieur Bingo a déjà précisé au groupe qu’il y a de « la pauvreté, mais pas la misère ». Laurène accorde une importance à cette phrase qui la touche. Sensible, Lolo est du genre à culpabiliser à l’idée d’être riche. Ça la soulage peut-être, cette phrase. Ici, dans le coin de Notre-Dame de Lourde, c’est richesse totale. Les portes des édifices ont l’air pesant, l’architecture est toute autre que dans son coin de pays. Elle aime bien cette riche beauté ; ça la soulage de savoir que tout n’est pas que carences.
Avec son petit air perdu, Laurène marche légèrement, sûrement, en solitaire. Elle est seule, livrée à elle-même, dans un autre pays, sur un autre continent. L’adolescente voit ses amis à l’écart, très loin. C’est la première fois qu’elle les perçoit de si loin. Elle continue son chemin, un chemin qui lui est inconnu. L’exploratrice repère une dame qui balaie le sol avec une grande feuille d’arbre. Nouveau pour elle. Un couple de touristes, caméra au cou de l’homme. Ils ont l’air heureux, mais pas autant que Laurène. Il y a aussi l’oiseau blanc qui vole. Nouvelle espèce dans ses minimes connaissances ornithologiques. Il est aussi libre que Lolo, sous le vent du Maroc.
Foulard coloré dans les cheveux, une dame grassouillette s’approche de Lolo hypnotisée. Elle parle une langue qu’elle ne comprend pas. Sourire aux lèvres, la femme au teint basané lui offre sa seringue, finit par insister et prend la main de Laurène. Mais Lolo ne comprend pas. Elle est vraiment hypnotisée. Hypnotisée par la nouvelle atmosphère. Lolo n’aime pas les aiguilles. Quelques secondes plus tôt, les yeux de Lolo étaient rivés sur le sommet des mosquées, dans les nuages. Là, sa petite main blanche, elle la voit dans celle d’une étrangère. Qui tient une aiguille, chose à préciser.
¾ Lo, enlève ta main. Laurène, lui répète Marc-André en haussant le ton et s’approchant, enlève ta main !
Brusquement, encore plus vite que l’éclair, Laurène retire sa main. De quoi surprendre la dame au henné qui ne voulait que dessiner sur la main pâle d’une personne riche. En échange de quelques dirhams, assurément. Mais Lolo, dans sa naïveté, a eu tout un choc. Ça aurait pu être mille fois pire. Elle se fait pitié. Lolo imagine ses sourcils qui forment un triangle, comme quand quelqu’un fait pitié.
Devenue blême et faible, elle reconnaît qu’il faut, ici, être sur ses gardes. Malgré tout, Laurène vivra pleinement, moins hypnotisée. Elle fera cependant attention. Un peu.
Encore à la recherche de nouveautés, Lolo entre à l’aéroport pour la deuxième fois en peu de temps. D’autres péripéties lui arriveront, c’est sûr. Joie qu’elle se fera de les écrire dans son Journal Voyageur. Joie qu’elle se fera, plus tard, dans quelques années, de revivre les sensations et de revoir ses images, ses photographies mentales. Avant le décollage, monsieur Bingo lui lance un souhait. Le premier souhait que reçoit Lolo d’un Arabe : « Du bonheur et beaucoup de bonnes études. »
Laurène l'éponge culturelle - Partie 4
Orangers. Palmiers. Cactus.
Petites voitures. Coupoles. Beaucoup de coupoles.
Soccer. Des joueurs, des ballons.
Coca-Cola. Coca-cola arabe.
Nouvelle expérience dans une nouvelle salle de bains.
En voyage à l’autre bout du monde, Laurène est accompagnée de plusieurs autres élèves, qui sont aussi ses amis. Et d’accompagnateurs, bien entendu, qui sont aussi des amis, mais un peu moins. Elle vibre au Maroc, mais pour une seule journée. Les autres, elle les passera au Sénégal, terre de la Teranga, terre de l’accueil. Pour l’instant, elle répète sans cesse que le Maroc, c’est tellement beau, empruntant le ton lyrique d’une rêveuse accomplie.
À la première occasion, Laurène saute sur un tronc de palmier. On prend une photo d’elle afin qu’elle l’insère dans son album Mon premier voyage. Le palmier est cliché. Le soleil, l’humidité, les nouvelles langues, le sourire d’un peuple. Le palmier, pour Lolo, c’est comme le sapin pour tous les Québécois. Après le clic de la caméra, Laurène a son premier petit besoin à faire en terre lointaine. Des toilettes derrière elle. Elle ne sait pas à qui elles appartiennent. Toilettes perdues au milieu d’un quartier riche en immeubles. Elle s’y rend sans hésiter, trop heureuse de découvrir enfin des toilettes non québécoises.
Finalement, la réalité, elle n’est pas si belle. Elle hésite. Sombres, en bois, dans une puanteur inquiétante. C’est inquiétant, surprenant, oui. Elle pense. Et encore. Pas très longtemps, puisque son besoin d’uriner est toujours là. Il y aurait donc deux types de toilettes, se dit-elle, celle que les Québécois possèdent dans leur maison, et une autre beaucoup plus simple, un trou et un sceau. Petit stress au bout des doigts, Laurène choisit la toilette turque. Ce sera son baptême de la toilette turque.
Après la photographie et le pipi, quelques petites taches circulaires foncées sur son pantalon, Laurène retourne à l’autobus. La tête haute, elle s’assoit sur son siège, fière de vivre de nouvelles expériences culturelles, aussi banales soient-elles, mais combien magnifiques aux yeux d’une découvreuse.
Tour d’autobus dans Casablanca. Pif de chien renifle l’air de la plus grande ville marocaine. Deux couleurs priment : le beige et le vert. C’est ce dont elle se souviendra, elle le sait. Le beige du sable, évidemment, du vent qui le balaie, qui lui rappelle la présence réconfortante du presque désert. Le vert de la nature. Palmiers-clichés, propreté, coupe parfaite des arbres souvent crochus, clôtures naturelles de chaque côté du boulevard asphalté complètement lisse.
Assise confortablement dans un car marocain, Lolo empoigne son Journal voyageur, afin d’y laisser une trace du moment présent. Elle veut se souvenir.
22 février 2004, dimanche, 14h10 (heure du Maroc)
Que de belles vues, que de bonnes gens ! Je ne sais pas où on s’en va, mais je m’en balance, je regarde dehors en attendant. Je me demande : celui-là, avec une robe bleue et des souliers pointus tout aussi bleus, qu’est-ce qu’il fait dans sa vie pour être si différent ? Et l’autre, le petit enfant maigrichon qui court après le chat, sourit-il comme moi ? Je suis libre : je voyage ! Mon rhume a cessé. Je respire profondément comme j’aime le faire. Je sens la différence, je la goûte.
Plus tôt, on est allé dans de petites ruelles qui forment un genre de quartier. Le seul mot ruelle me fait habituellement peur. Ça fait sombre, violent, misérable. Mais au Maroc, c’est positif, et j’aime. C’étaient des petites ruelles habitées comme je n’en avais jamais vues auparavant. Des ruelles chaleureuses. Les bâtiments étaient tous pareils : la moitié supérieure en blanc, et le bas en bleu. On m’a dit que le blanc sert à éloigner les mauvais esprits et que le bleu représente le Sud. Et éloigne les mouches aussi. Bizarre. À mon avis, j’ai mal interprété ce que Bingo m’a dit. Il est drôle, lui.

